8 janvier 2026
Avec les rendements positifs qui se sont succédé, au cours des dernières années, les principaux indices ont franchi tour à tour de nouveaux sommets. Cette situation rend certains investisseurs nerveux. Sachant que les chutes sévères des cours boursiers font, elles aussi, partie de la dynamique normale des marchés, n’aurait-il pas fallu arrêter d’investir et même vendre ses placements quand il était encore temps – soit avant le début du prochain cycle baissier?
Quelques données historiques permettent de donner une réponse nuancée à cette question.
Qu’est-ce qui suit généralement un sommet boursier?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser intuitivement, un sommet boursier s’inscrit souvent dans une phase où les marchés continuent de progresser, et il n’est généralement pas suivi par une chute des cours. Cela s’explique par le fait qu’un marché haussier est généralement mû par un sentiment positif des investisseurs quant à l’économie et aux perspectives des entreprises inscrites en Bourse. On passe alors d’un sommet à un autre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
En fait, comme on peut le voir dans le graphique suivant, un indice comme le S&P 500, considéré comme représentatif de la Bourse américaine, peut franchir de nouveaux sommets plusieurs fois chaque année. Pour décider du moment où il faudrait « vendre quand les marchés sont hauts », il s’agirait donc d’être en mesure de déterminer lequel de ces sommets est celui qui précède une chute prononcée, ce qui est presque impossible. Autrement, on pourrait se priver d’une croissance potentiellement intéressante de ses placements.
Faut-il néanmoins faire preuve de prudence?
Cela dit, après plusieurs années de sommets boursiers, serait-ce une si mauvaise stratégie de garder son argent sur les lignes de côté en vue de l’investir lors d’une inévitable baisse? Le graphique suivant, basé sur le comportement du même indice au cours du dernier siècle, jette une lumière intéressante sur cette question. Comme on peut le voir, des investissements faits seulement à un sommet, donc au « mauvais » moment, auraient rapporté à moyen terme des rendements similaires à ceux des investissements faits à tout autre moment du cycle boursier – voire des rendements légèrement supérieurs.
Cinq stratégies, cinq résultats
Pour aller dans le même sens, selon une étude récente a comparé les rendements qu’auraient obtenus cinq investisseurs ayant chacun 2 000 $ à investir, le 1er janvier de chaque année, dans la Bourse américaine : le premier aurait attendu et eu la chance improbable d’investir chaque année alors que la Bourse était au plus bas; le second aurait aussi attendu, mais aurait eu la malchance tout aussi improbable d’investir chaque année lorsqu’elle était au plus haut; le troisième aurait tout investi en début d’année; le quatrième aurait réparti ses achats mensuellement sur l’ensemble de l’année; et le dernier aurait attendu « le bon moment » toute l’année – sans jamais investir. Sans surprise, après 20 ans, le premier investisseur serait ressorti gagnant avec un actif de plus de 186 000 $, alors que le dernier se serait retrouvé avec un maigre 47 000 $. Le deuxième, qui aurait investi toujours au mauvais moment, aurait néanmoins 151 000 $ environ, alors que le troisième et le quatrième détiendraient respectivement quelque 170 000 $ et 166 000 $.
Compte tenu du fait qu’il est impossible de deviner chaque année à quel moment précis le marché a atteint son creux, et tout aussi impossible d’être assez malchanceux pour investir systématiquement au sommet, ces investisseurs du « juste milieu » sembleraient donc avoir fait le meilleur choix.
Le coût de ne pas être dans les marchés
En fait, plusieurs études ont démontré que le fait de tenter de synchroniser ses investissements avec les marchés, en y entrant et en en sortant aux bons moments, représentait un risque important pour un investisseur. Par exemple, en prenant comme référence l’indice S&P/TSX rendement total, si vous aviez investi 10 000 $ dans la Bourse canadienne le 1er janvier 1986 et étiez resté investi en tout temps, votre investissement aurait valu plus de 241 000 $ à la fin de 2024. Mais si, en essayant de deviner les hauts et les bas, vous aviez été absent du marché seulement les dix meilleurs jours durant cette période de près de 40 ans, votre actif serait d’à peine 113 000 $. Et si vous aviez raté les 40 meilleurs jours, soit environ un seul jour par année en moyenne, votre cagnotte serait tout juste de 34 000 $. Selon toute vraisemblance, essayer de se synchroniser avec le marché pourrait donc être une stratégie risquée.
Une voie de compromis
Néanmoins, on ne peut ignorer les commentaires de plusieurs analystes qui notent qu’une part disproportionnée des rendements boursiers des dernières années est attribuable à un petit nombre de compagnies seulement, généralement actives dans le secteur de la technologie et de l’intelligence artificielle. Le mot « bulle » est parfois prononcé, ce qui rappelle de mauvais souvenirs aux investisseurs qui ont vécu l’éclatement de la bulle technologique d’il y a 25 ans.
Dans les circonstances, sachant que la synchronisation peut être plus risquée que d’accepter de rester dans les marchés en toutes circonstances, une approche à discuter avec votre conseiller pourrait être celle de l’investissement périodique. Celle-ci consiste à investir une somme égale chaque mois, quoi qu’il arrive. De cette façon, quand les marchés chutent, vous faites de bonnes affaires, puisque vous achetez à meilleur prix. Et quand ils montent, vous payez vos titres plus chers, mais les voyez prendre de la valeur d’un mois à l’autre. Vous vous trouvez en quelque sorte à égaliser votre coût moyen dans le temps. Comme on l’a vu plus haut, cette approche pourrait s’avérer moins profitable que d’investir toute somme importante sitôt que vous en disposez, mais c’est une voie de compromis qui pourrait vous aider à passer plus sereinement à travers les hauts et les bas des marchés.
Quelle que soit l’approche que vous mettez de l’avant actuellement, le début de l’année est un bon moment pour en discuter avec votre conseiller, tenant pour acquis qu’il est normal que les marchés franchissent successivement de nouveaux sommets, mais tout aussi normal qu’une correction plus ou moins sévère se produise un jour.
Les sources suivantes ont été utilisées dans la rédaction de cet article.
AdvisorAnalyst, « Fear, greed and the myth of stock market highs ».
A wealth of common sense, « Investing a Lump Sum at All-Time Highs ».
BlackRock, « Fear, greed and the myth of stock market highs ».
BNY, « Should You Invest at Market highs? ».
Fidelity, « Can you time the stock market? ».
Investopedia, « Dollar-Cost Averaging (DCA): What It Is, How It Works, and Example ».
Les affaires, « Bourse: le phénomène du retour à la moyenne ».
Schwab Center for Financial Research, « Does Market Timing Work? ».
Shroders, « Scared of investing when the stock market is at an all-time high? You shouldn’t be ».